Le football français traverse une tempête. Alors que la Ligue 1+ peine à convaincre, deux figures majeures du championnat, Frank McCourt (OM) et Joseph Oughourlian (RC Lens), montent au créneau pour dénoncer la gouvernance actuelle de la LFP, n’hésitant pas à viser directement Vincent Labrune… et à s’opposer publiquement à Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG.
Un tir groupé contre la LFP : McCourt et Oughourlian s’allient
Dans une interview accordée au Figaro, les patrons respectifs de l’OM et du RC Lens ont uni leurs voix pour critiquer avec virulence la gestion de la Ligue de Football Professionnel. Leur principal grief : l’absence de résultats tangibles et une gouvernance qu’ils jugent inefficace, voire dangereuse pour l’avenir du football hexagonal. Pour McCourt, « la LFP est dominée par une gestion à court terme, source de fiascos à répétition » — une attaque directe aux résultats financiers catastrophiques de la LFP, qui aurait perdu près de 1,3 milliard d’euros l’an passé.
Joseph Oughourlian renchérit en évoquant l’échec du dossier droits TV. Attendu à près d’un milliard d’euros en 2023, le contrat a plafonné à 700 millions, malgré l’accord conclu avec DAZN… qui a rapidement fait naufrage. « La LFP a abandonné les clubs », lâche-t-il avec amertume. Ce duo de dirigeants milite pour une refonte radicale : un système « un club = une voix », simplifié autour de deux entités : la Fédération et une ligue véritablement représentative des clubs professionnels.
Le PSG de Nasser Al-Khelaïfi dans la ligne de mire… indirecte
Si le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, n’est jamais directement attaqué, les divergences de vision sont manifestes. Les deux dirigeants reprochent un système trop PSG-centré, où les écarts entre clubs s’accentuent : « le PSG, tout comme Marseille, est un moteur de visibilité, mais cela ne saurait compenser l’absence de stratégie globale », souligne Oughourlian.
Frank McCourt illustre parfaitement cette dichotomie en déclarant que « ce qui fonctionne pour le PSG ne fonctionne pas nécessairement pour la Ligue ». Celle-ci peine à développer une marque collective forte et à uniformiser les ressources. En clair : le succès européen du PSG — finaliste de la Ligue des Champions 2024 — ne doit pas masquer la crise structurelle du football français.
De son côté, Al-Khelaïfi continue de défendre le modèle actuel, qu’il estime stabilisé et renforcé par la montée en puissance du PSG sur la scène européenne. Un point de vue en complet décalage avec les perspectives prônées par Lens et Marseille, qui privilégient une équité économique pour asseoir la compétitivité globale du championnat.
Des enjeux cruciaux pour le PSG… et pour la Ligue 1
Pour le Paris Saint-Germain, ce débat touche au cœur de sa stratégie : un PSG fort dans un championnat faible ? Récemment champion de France pour la 13e fois, le club de la capitale reste dominant sur le plan national, mais ce fossé avec ses concurrents fragilise la Ligue 1 sur le plan de sa compétitivité globale et de son attractivité à l’échelle européenne.
Rien n’indique que le PSG soutiendrait un système « un club = une voix » qui limiterait potentiellement son influence actuelle au sein des instances. Mais s’entêter dans un écosystème à deux vitesses pourrait nuire à terme à la croissance de la Ligue 1, freinant les ambitions de développement de l’ensemble du championnat, y compris celles du PSG, qui reste tributaire de droits TV élevés et d’un environnement compétitif pour séduire les talents.
Dans ce contexte, la réussite du projet Ligue 1+, saluée par McCourt comme un « démarrage remarquable » pourrait jouer un rôle de catalyseur. Un produit bien pensé, enrichi d’accès aux coulisses, vestiaires et joueurs, pourrait transformer l’image et l’attractivité de la Ligue — à condition que les clubs coopèrent réellement sur un projet commun. Et c’est là tout l’enjeu auquel le PSG devra répondre, car conserver la suprématie nationale sans ligue crédible à l’international pourrait bien devenir une douce illusion.
Conclusion : une fracture à combler… ou à assumer ?
Alors que la fracture semble consommée entre les camps McCourt-Oughourlian et celui d’Al-Khelaïfi, une question demeure centrale pour l’avenir du championnat français : le PSG peut-il continuer à prospérer dans une Ligue en crise ? Pour Paris comme pour ses concurrents, le chantier de la gouvernance n’est pas seulement institutionnel. Il conditionne la pérennité du modèle, l’équilibre du football professionnel français… et la crédibilité même du titre de champion de France.