À la veille d’un choc disproportionné sur le papier entre le Paris Saint-Germain et l’USL Dunkerque en demi-finale de la Coupe de France, l’enjeu dépasse largement le rectangle vert pour l’homme fort du club nordiste : Demba Ba. L’ancien attaquant international sénégalais, aujourd’hui directeur du football de Dunkerque, s’est longuement exprimé sur le racisme, l’islamophobie et les inégalités dans le monde du football. Et une fois encore, son message est aussi fort que nécessaire.
Un engagement ancien, ravivé par l’actualité
Le nom de Demba Ba évoque inévitablement ce quart de finale de Ligue des champions de 2014, lorsqu’il crucifiait le PSG sous les couleurs de Chelsea. Mais c’est surtout en décembre 2020 qu’il est passé à la postérité sur un tout autre front. Ce soir-là, lors d’un match de Ligue des champions entre le PSG et l’Istanbul Basaksehir, il demande l’arrêt du jeu suite à des propos racistes tenus par le quatrième arbitre, Sébastian Coltescu, à l’endroit de l’entraîneur adjoint du club turc.
Près de cinq ans plus tard, à l’occasion d’un entretien accordé au Le Parisien, Demba Ba déplore que les choses aient si peu évolué : « Tout le monde doit être traité de la même manière sur un terrain de foot. Le combat contre la discrimination doit être celui de tout le monde. » Un discours empreint de lucidité, mais jamais fataliste. Si le racisme ne disparaîtra sans doute jamais, Ba croit fermement en l’éducation comme levier de transformation durable et en la puissance de la parole pour éveiller les consciences.
L’islamophobie, angle mort des campagnes de sensibilisation ?
Dans son intervention, l’ancien buteur ne se contente pas du seul racisme. Il dénonce avec vigueur l’islamophobie rampante, souvent ignorée ou minimisée : « C’est un problème de tolérance et de connaissance. Il faut qu’on se parle, qu’on se comprenne… Le plus important, c’est ce qu’on a au fond du cœur. »
Adressant un message de solidarité à Vinicius Jr, régulièrement victime d’insultes racistes, Demba Ba relie l’ensemble des discriminations à un même fléau systémique : l’incapacité à se mettre à la place de l’autre. Il pointe également du doigt l’inefficacité des campagnes de sensibilisation institutionnelles, trop souvent centrées sur les apparences et non sur les racines profondes des préjugés. « Cela fait combien de temps qu’il existe des campagnes ? Le problème de fond reste l’éducation », martèle-t-il.
Dunkerque – PSG : un affrontement au sommet mais à armes inégales
Sur le plan sportif, Demba Ba est lucide. L’USL Dunkerque, promu en Ligue 2, s’apprête à affronter un PSG certes privé de Kylian Mbappé (désormais au Real Madrid), mais toujours ultra dominateur sur la scène nationale. Malgré un parcours héroïque en Coupe de France, ponctué par les éliminations de Lille et Brest, le club nordiste part avec un désavantage évident.
« On va préparer notre plan de jeu et essayer de les contrer dans ce qu’ils font de mieux. […] Mais je ne mets pas de billes sur la magie de la Coupe », ironise Ba. Il reconnaît la difficulté de l’épreuve mais n’élude pas la possibilité d’un nouvel exploit, comme celui signé face au LOSC dans ce même stade Pierre Mauroy, en huitième de finale.
Le PSG, de son côté, aborde cette demi-finale avec sérieux. Le club veut remporter la Coupe de France, trophée abandonné à Toulouse en 2023. Luis Enrique, dont la gestion commence à produire ses fruits, a besoin de consolider son palmarès national avant d’aborder le sprint final en Ligue 1 et, plus important encore, les phases avancées de Ligue des champions d’où seront tirés les enseignements réels sur la progression de son groupe.
Plus qu’un match, un message
Derrière l’affiche déséquilibrée de cette demi-finale, il y a le combat silencieux mais acharné d’un homme qui n’a jamais cessé de militer pour l’égalité, sans posture ni artifice. Demba Ba, seul directeur du football noir en France, adresse ainsi un rappel fort : « Il y en a très peu dans le monde. Avant de venir à Dunkerque, un club hésitait entre deux directeurs. Être noir n’a pas joué en ma faveur. Si je dois être trois fois meilleur, je le serai. »
Le PSG, qui se bat aujourd’hui pour une image inclusive et internationale, trouve avec Demba Ba un interlocuteur exigeant, mais juste. Et si la victoire sur le terrain est probable pour les Parisiens, celle du message de Ba peut, elle, marquer les esprits bien au-delà des 90 minutes disputées mardi soir.